Revus et augmentés par Serge Dreyer (Taïchung, Taïwan et Le Mans, France)
« Le sage montre du doigt la lune, l’idiot regarde le doigt ». Proverbe chinois
Quand Wang Yen Nien a mis au point ces exercices, il désirait maintenir vivant l’héritage de son professeur et rappeler à ses élèves taïwanais et chinois la nature martiale du taiji quan (communication orale en 1978 à Shihlin). Il considérait le tuishou comme un apprentissage essentiel du taiji quan. Mais l’évolution de la société taïwanaise comme dans beaucoup d’endroits à travers le monde avait relégué la violence des combats à mains nues soit dans l’enceinte sportive soit dans des lieux et des milieux marginaux (bagarres de gangsters, vendettas, etc.)
Bref, il a donc conçu des exercices dont certains avaient une utilisation pratique réalisable dans un affrontement de tuishou, sportif ou non, alors que d’autres visaient à un apprentissage de la synchronisation guère envisageable dans un tuishou libre (appelé aussi tuishou mobile). Je n’ai retenu que quelques exercices de cette série didactique.
Les principes suivants ont guidé ma présentation :
– Les exercices tels qu’enseignés par Wang Yen Nien répondent à un besoin d’apprentissage de groupe dont la grande majorité des membres à Taipei ne manifestent pas un intérêt marqué pour un usage efficace de ces mouvements. Cette attitude a considérablement influencé leur pratique dans l’Europe du Yangjia Michuan taiji quan.
– L’apparence des exercices correspond à un besoin de visibilité au sein du groupe de pratiquants. Cette apparence minore le souci d’efficacité voire l’oblitère complètement.
– Dans la pratique du tuishou non codifié qui se tenait dans le wuguan (salle de pratique) de Shihlin et plus tard de Taipei (Taiwan), ces exercices étaient pratiqués de manière formelle avec une perspective d’efficacité et de créativité très limitée. A Taipei dans les années 90, la prépondérance d’un discours prétendant valoriser un aspect ‘thérapeutique’ (non explicité en termes médicaux ou de manière ambigüe) du tuishou a considérablement édulcoré voire évincé ses applications réalistes.
Quelques considérations à propos de la situation du tuishou non codifié dans notre style:
– L’appauvrissement du patrimoine martial des années 70 a conduit des pratiquants de notre style de taiji quan à quitter l’école pour d’autres horizons où à s’enfermer dans une pratique sclérosée ignorant la richesse de la confrontation/comparaison avec d’autres styles de taiji quan.
– Or, en créant des exercices de base de tuishou, monsieur Wang indiquait ‘la direction de la lune’ (les principes) alors que certains(nes) pratiquants (es) tendent de nos jours à montrer du doigt l’apparente simplicité dévalorisante de ces exercices.
– En tant que pionnier de ce style de taiji quan en France et premier à introduire les exercices de Wang Yen Nien dans ce pays en septembre 1978, je voudrais rappeler combien ces exercices sont potentiellement riches de techniques efficaces. Il suffit d’y réfléchir, d’expérimenter et de systématiser leur usage. Si un certain nombre d’entre nous ont remporté des compétitions de tuishou libre au plus haut niveau que ce soit à Taïwan, en Europe, à Hong Kong,en Russie ou bien aux Etats-Unis ce n’est pas par miracle. L’un des fondements de ces performances réside dans certains de ces exercices et bien sûr leur interprétation par chacun.
– Compétition ou non, ces exercices me semblent présenter l’avantage fondamental de générer de multiples situations de tuishou qu’un seul exercice ne peut reproduire. Penser son taiji quan, retenir les leçons de l’interaction avec d’autres pratiquants quelle que soit leur école, transmettre avec un esprit d’ouverture et orienté à la fois vers l’efficacité sous-tendue par la créativité, ne pas craindre de perdre la face dans l’exposition au talent des autres révèlent parmi d’autres principes la richesse de ces exercices masquée par la simplicité des apparences. Chaque année les Rencontres Jasnières sont un exemple vivant de ces principes.
– Autre avantage considérable, le tuishou non codifié permet d’expérimenter de manière non figée des postures présentes dans les séquences de mouvements lents et ainsi leur donner vie. Sans avoir à ‘se fracasser’, n’importe quel pratiquant de taiji quan peut accéder via le tuishou à une compréhension en profondeur de la pratique des mouvements lents.
Par conséquent j’ai décidé de partager avec tous les pratiquants motivés par la pratique du tuishou mon expérience de 45 ans de tuishou non codifié sous forme de situations mises en regard avec certains exercices de monsieur Wang. Pour ce faire :
– j’ai sélectionné certains exercices qui font sens dans une pratique de tuishou non codifié. J’ai modifié leur aspect formel à partir du critère d’efficacité, en m’appuyant notamment sur certains principes couramment exposés dans les textes du taiji quan que monsieur Wang lui-même mettait en avant (fangsong, une partie bouge tout bouge, la taille (en fait le bassin) est le gouverneur, etc.). Je ne suggère en rien que la manière de pratiquer les exercices de base du tuishou du Yangjia Michuan taiji quan reconnue comme régulière dans notre style est erronée.
Ma présentation n’est qu’un parti pris dont s’inspireront ou non des pratiquants de notre style :
– certains exercices ne sont pas représentés, comme le peng-lü-an-ji car je les considère inopérants dans un tuishou non codifié. Il suffit d’observer des joutes de tuishou fixe ou mobile à travers le monde pour se rendre compte que ces combinaisons sont inapplicables dans une perspective d’efficacité.
– certaines techniques sont presque, voire totalement absentes comme le ji, le zhou. Je n’ai jamais vu le ji utilisé avec une quelconque efficacité en tuishou fixe ou mobile, du moins tel qu’il est pratiqué dans les écoles Yang. J’ai eu la chance de pratiquer des centaines de fois le tuishou mobile avec Wang Yen Nien mais je ne l’ai jamais vu l’utiliser. Par convention, les poussées en zhou ne sont en général pas pratiquées car dangereuses pour la santé: je n’en présente que quelques rares exemples dans cette présentation.
– puisque nous présentons du tuishou, toutes les techniques de jambe, de poing et de tête n’y figurent évidemment pas, là aussi par pure convention respectée dans la plupart des écoles.
– vous trouverez certaines mentions comme ‘exercice disparu’. En effet, quelques rares élèves de Wang Yen Nien pratiquaient assidûment ces exercices. J’ai eu la chance de les pratiquer avec eux et je tiens à les transmettre quand je considère qu’ils présentent un intérêt pratique.
– d’autres exercices sont de mon fait et sont indiqués SD ou bien sont empruntés à d’autres enseignants et sont donc indiqués avec le nom du créateur. Il se peut que les exercices SD existent ailleurs hors de ma connaissance : ils indiquent seulement qu’ils ne m’ont pas été transmis par une autre personne.
– avant de pratiquer le tuishou fixe ou mobile, il est recommandé de s’échauffer. Vous trouverez quelques exercices de ce genre à deux.
– les vidéos sont tournées par des amateurs qui ne se préoccupent ni de l’apparence vestimentaire, ni des autres aspects marketing d’une telle entreprise. L’objectif est le partage avec une pensée particulière pour celles et ceux qui n’ont pas d’enseignant de tuishou où qui sont confrontés à une volonté de cet enseignant de se cantonner au curriculum officiel. De courts textes essaient de suppléer à ce qui ne se voit pas dans ces vidéos : ils sont de mon entière responsabilité.
Je remercie vivement tous ceux qui ont participé au tournage (Sébastien Breton,Anne-Marie Mellot, Fabienne Poncin-Epaillard, Philippe Debarnot, Robert Lasne, Guillaume Patrie). Cette présentation est inachevée et se poursuivra autant que peut se faire.



